Conférence proposée par M. Senen

 

Introduction :

 

M4yyvIin zqr vlotLbXEzl72eJkfbmt4t8yenImKBVaiQDB Rd1H6kmuBWOn observe que la rhétorique du journalisme sportif est en étroite relation avec le champ lexical de la guerre. Ex) « Vaincre ou mourir » à la Une de l’Equipe ; attaque ; défense ; stratégie etc.  C’est un registre belliqueux. On retrouve cela également dans Dom Juan : il compare la séduction à une stratégie guerrière (conquêtes amoureuses, se compare à Alexandre le Grand). Dans le Monde Diplomatique, le titre d’un numéro était même : « Le Sport….c’est la guerre ! »

Pourquoi une telle connivence ?

Sport : activité physique qui suppose un effort corporel, qui s’inscrit dans une double-dimension : ludique & agonistique.

Ludique : l’effort produit n’aboutit à aucune production. Dépense d’énergie gratuite.

Agonistique : dimension de combat, duel (escrime, tennis) ou équipe (OM Vs PSG). Combat contre soi-même : contre-la-montre, endurance etc.


 I] Un substrat pulsionnel fondamentalement ambivalent


                               A] Eros


Freud : Sport=institution ? S’appuie sur un substrat pulsionnel, un instinct. Pulsions érotiques, pivot de sa théorie. Mais Freud double les pulsions de vie par les pulsions de mort, le Thanatos.

                               B] Et Thanatos


S’il n’y avait que des pulsions de vie, il n’y aurait peut-être pas de sport. Freud utilise sa théorie avec les pulsions de mort qui poussent l’homme à détruire son prochain, voire lui-même. Même les pulsions sexuelles sont ambigües : sadomasochisme. Cf. Texte 1

Agressivité d’origine animale pour faire face aux menaces qui l’entourent. Le sport est un phénomène social qui découle de la maîtrise du thanatos : modeler, moduler cette pulsion de mort.


 II] Hypostase de la maxime de Clausewitz


Son œuvre est lu par les stratèges et les politiques tels Mao etc.

Hypostase : se rapproche de métastase. Passage à un état supérieur. Prolongement de la formule de Clausewitz.

                              A] Si la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens


La guerre n’est pas une cession de l’Etat de droit. Guerres organisées, elles sont une logique d’Etat et répondent à une volonté politique. Continuation de la politique de façon violente. « La guerre, c’est la politique sans visage des armes. La politique, c’est une guerre par des moyens non violents ». Mao. La fin de la guerre est politique.


      B] Alors ne peut-on donc pas dire que le sport est la continuation de la guerre par     d’autres moyens ? 


Aujourd’hui, nous assistons à une période relativement pacifiée. Si la guerre est l’état naturel du genre humain, la nature est alors endormi en Europe du moins. On se sent moins menacé qu’auparavant. D’ailleurs, la guerre est interdite par la dissuasion nucléaire. Avant, il y avait l’équilibre de la terreur avec la guerre froide et la polarisation du monde.


Facteur cynique : dissuasion, terreur.

Facteur moraliste : la charte de l’ONU a codifié les rapports interétatiques. Mœurs plus civilisées, adoucissement. Ex) Fin du service militaire obligatoire.

è Muchembled, Histoire de la violence.


Rôle des médias : sur-amplifient les événements violents. Or, avant, les médias minimisaient les violences. Plus y en avaient, moins on en parlait. Moins il y en a, plus on en parle. Car cette violence est exceptionnelle, et donc plus scandaleuse. Ex) Coup de boule de Zidane.

Climat relativement pacifié. Substitut admis aux conflits passés. Mais Peyrefitte, Le Figaro, dans l’éditorial du Figaro du 15.06.98 : « Les Etats de la Guerre et de la Terre ont du mal à se situer dans un univers où la paix compte tant et la terre si peu. Mais les Nations existent. Elles sont plus fortes que le vacarme de leurs dirigeants. Elles ont besoin de s’exprimer. Elles se débrident sur le champ de sport : continuation de la guerre par d’autres moyens ».


Si le terrain de sport est devenu un ersatz du champ de bataille, reste à savoir comment s’opère la transmutation entre la violence guerrière et la violence sportive : qu’est-ce qui les différencie ? Quels sont les autres moyens dont dispose la guerre pour continuer la violence ? 


III] Une violence non seulement codifiée mais sublimée


                A] La fausse filiation avec les Jeux Antiques et Médiévaux


Le propre de sport en tant que jeu, c’est d’obéir à des règles. Mais elles ne suffisent pas à le différencier de la guerre, elle aussi codifiée => jus in bello. Ex) Déclaration de guerre, respect des prisonniers, laisser l’ennemi ramasser ses morts sur le champ de bataille etc.

Mais cela ne suffit pas. La guerre propre pour faire des morts n’existe pas, même si elle est coûteuse en vies humaines. A partir de quand commence-t-on à parler de sport ?

Valeur éducative du sport ? Combat historique entre pratiques anciennes et modernes. En effet, grecs & romains ont développé des activités corporelles telles la lutte, la course à pieds, le lancer de disque, dont les formes gestuelles peuvent suggérer l’idée d’une permanence du sport à travers les siècles et d’ailleurs Pierre de Coubertin (PDC) insiste sur l’idée en reliant la pratique sportive à la sagesse Antique. Pourtant, altus, cittius, fortus = plus vite, plus haut, plus fort.

Mais cette thèse ne résiste pas à l’étude historique des faits :

1 : Les Jeux de l’Antiquité relevaient fondamentalement du registre religieux et guerrier. Préfiguration agonistique de la guerre. De même que les jeux constituaient chez les animaux un préambule à la chasse, idem Jeux Antiques par rapport à l’activité guerrière.

2 : les Jeux pratiqués au Moyen-âge par les Nobles (tournois) ou le peuple (la soule) sont marqués du sceau de la violence la plus brutale que nulle règlementation ne venait véritablement refreiner. Ex) admis de tuer.  La soule entrainait souvent des morts sur le terrain et hors du terrain (post-match). Mais cette violence ne choquait personne.


                B] Le Sport comme apanage de la modernité


Thèse d’Elias dans Sport et Civilisation : la violence maîtrisée

Le sport n’a pas pu exister tant que l’homme n’était pas policé. En effet, tant qu’il n’a pas réussit à contrôler leurs pulsions violentes, à intérioriser les règles de la civilité, le surmoi chez Freud. Travail de refoulement qui a demandé des millénaires. 1ers efforts visibles au XIXème s. Elias montre que les modalités des rencontres supposaient une violence physique inimaginable aujourd’hui. Ex) Lutteur Arrachio de Phygalie. Meurt étranglé en 511 av. JC, après 2 victoires à Olympie, en tentant de conquérir une 3ème victoire. L’émergence du sport est en réalité indissociablement liée à un progrès social, moral et politique de nos sociétés. L’athlète de haut niveau n’est plus un gladiateur. Il est considéré comme une personne physiquement, moralement et individuellement respectée.


IV Le Sport comme agression superlative d’un processus de sublimation


                A] Le sens du concept freudien : cf. doc 3


Pulsion : une énergie brute est brutale. à Canalisation vers une activité socialement plus élevée=> sublimation. Ex) Philanthropie.

La civilisation impose à l’homme moderne de maîtriser ses pulsions. Processus de compensation : compétition scolaire, professionnelle, transformer l’hostilité brute et brutale en rivalités amoureuses etc.

                B] Le Sport comme neutralisation cathartique de la pulsion de mort


Dans le sport, on propose une version plus ou moins bien régulée mais acceptable dans l’éthique. Sublimation de thanatos, comme l’on bien vu Wolfe avec Limlo et Jewison avec Rollerball (film, 1979, avec James Caan).

Orwell : « Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play, il déborde de jalousie, haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisirs sadiques et de violence. EN d’autres mots, c’est la guerre, le fusil en moins. »

Nuance décisive. Le sport est peut-être un des meilleurs moyens pour endiguer le déchainement de la violence. Substitut compensatoire et symbolique car il est impossible de refouler ses pulsions (chasse le naturel, il revient au galop). Exutoire du sport, qui lui ne fera pas de victime. Le sport est donc une épopée, sans mort, qui laisse même la possibilité d’une revanche. Compromis entre l’angélisme et le cynisme, en ôtant le côté destructeur.

                        C] La culture de la défaite

vertus de la défaite.

importance de l’arbitrage

Dans le sport, on peut admettre la défaite à fair-play

Collomb, Guerre, sport & Etat : « Le Sport est souvent présenté comme un substitut à la guerre. Et l’on pourrait imaginer que l’âme du sport ne soit à fait qu’une salve de bois ».

 

Si le sport est bien un mode de sublimation de thanatos, il peut revêtir ainsi des formes inattendues. Le propre de thanatos est de se retourner contre le sujet lui-même. On trouve également dans le sport une forme de sublimation introvertie dans certains sports.

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